Château Lafon-Rochet 2022 : l’élégance réinventée à Saint-Estèphe

À Saint-Estèphe, les millésimes se suivent mais ne se ressemblent pas. Celui de 2022 a pourtant quelque chose de singulier : il incarne un virage, une réinvention dans la continuité. Le Château Lafon-Rochet, 4ᵉ Grand Cru Classé en 1855, s’offre une nouvelle lecture de son terroir, entre tradition médocaine et vision contemporaine.

Le récit commence par une année météorologique contrastée. Hiver doux, printemps lumineux mais fragile face aux gelées d’avril, puis un été chaud et sec qui aurait pu effrayer. Pourtant, la vigne a tenu bon. Les vendanges manuelles, étalées du 12 au 27 septembre, ont livré des grappes d’une maturité exceptionnelle. À l’assemblage, le Cabernet Sauvignon (65 %) domine, soutenu par le Merlot (31 %) et une touche de Cabernet Franc (4 %).

Le résultat ? Un vin au toucher soyeux, équilibré par une fraîcheur surprenante, presque vibrante. Le nez se révèle fruité et concentré, la bouche joue sur l’onctuosité et la tension, promettant une garde élégante et un plaisir immédiat.

Mais ce millésime raconte aussi une histoire de transmission. Depuis l’acquisition par la famille Lorenzetti en 2021, la propriété est intégrée aux Vignobles Cruse-Lorenzetti, aux côtés d’Issan (Margaux), Pédesclaux (Pauillac) et Lilian Ladouys (Saint-Estèphe). Un nouvel élan, porté aujourd’hui par Vincent Bache-Gabrielsen et Félix Pariente-Lorenzetti, qui insuffle une vision ambitieuse : concilier excellence et agroécologie. Déjà engagée depuis 2019 dans un projet global de respect des sols et de biodiversité, la propriété verra en 2024 son premier millésime certifié bio.

On retrouve dans ce vin l’expression d’un terroir singulier – graves et argiles bleues – et l’écho d’une histoire longue de plusieurs siècles, ponctuée de reconstructions et de modernisations. Mais plus encore, Lafon-Rochet 2022 illustre une philosophie : cultiver le classicisme médocain tout en lui donnant une intensité contemporaine, presque intuitive.

En cave, la bouteille se trouve dès à présent chez les cavistes, au prix conseillé de 48 €. Un prix mesuré pour un grand cru qui ne se contente pas de séduire les amateurs de Bordeaux, mais incarne, millésime après millésime, une certaine idée de l’élégance française.