Cluizel, le chocolat en héritage

Un père qui raconte les plantations comme des domaines viticoles, un fils qui pense créations et jeux de textures, une famille présente jusque derrière les comptoirs : chez Cluizel, Noël se prépare à plusieurs générations. Rencontre avec Marc et François, à l’occasion du lancement du « Royaume du Solstice », la collection des fêtes 2026.

Avant les coffrets, les rubans et les chocolats, François Cluizel présente la famille. « Vous allez le voir aujourd’hui, toute la famille est représentée », nous annonce le responsable de la fabrication. Il désigne les rôles : son père à la direction générale, sa tante aux commandes des magasins parisiens, son cousin et sa cousine dans les boutiques, ces Petites Manufactures qui prolongent la maison jusqu’au comptoir.

Le patronyme est sur les boîtes ; ceux qui le portent sont là pour en parler. Lors de cette présentation presse, la conversation passe des fèves aux souvenirs d’enfance, des fermentations aux gourmandises qui circulent sur les réseaux sociaux. Marc Cluizel, le père, remonte volontiers à la source du goût. François, le fils, s’intéresse à la façon de lui donner une forme nouvelle. Entre les deux, le même chocolat, envisagé à différentes étapes de son histoire.

Une famille derrière chaque carré

Cette histoire commence dans une cuisine de Damville, en Normandie, à la fin des années 1940. Marc et Marcelle Cluizel y préparent les premiers bonbons de chocolat. Leur fils Michel développe la maison, puis son fils Marc prend le relais. Catherine et Sylvie, les sœurs de ce dernier, participent elles aussi à l’aventure. Avec François, la quatrième génération est à l’œuvre.

« Moi, je suis responsable de la fabrication », précise François Cluizel. Quelques mots qui recouvrent les créations, la qualité et la continuité des gestes. Il lui revient aussi de regarder ce qui se passe ailleurs, de repérer une envie et d’imaginer ce qu’elle pourrait devenir dans les ateliers normands.

La maison possède pour cela une particularité précieuse : elle réunit les métiers de cacaofèvier, de confiseur et de chocolatier. Elle transforme les fèves, prépare les intérieurs — pralinés, ganaches, guimauves — puis réalise les assemblages. François résume l’ambition fondatrice : « Maîtriser tout le processus de fabrication. » Du cacao au bonbon, chaque étape offre ainsi une occasion d’ajuster le goût.

Marc Cluizel, le goût des rencontres

Avec Marc Cluizel, on quitte rapidement la boutique pour rejoindre les plantations. Le directeur général parle terroirs, récoltes, fermentation. Le parallèle avec le vin revient naturellement : une origine nationale reste trop vaste pour raconter la singularité d’un cacao.

« Le nom du chocolat, c’est le nom des plantations. Ce ne sont pas des noms marketing », insiste Marc Cluizel. Derrière une tablette se trouvent un lieu et des interlocuteurs. La relation se construit au fil des essais, notamment sur la fermentation, réalisée par les planteurs avant que les fèves rejoignent la Normandie. Marc en souligne le rôle décisif : « C’est l’opération la plus importante dans la transformation gustative. »

Comment choisit-il ces partenaires ? Sa réponse a la simplicité des convictions longuement éprouvées. « Je rencontre des gens, ça passe ou ça passe pas », raconte le père de François, avant d’ajouter : « Et après on fait en sorte que ça dure. »

Cette curiosité a récemment conduit la manufacture vers Tenaru, dans les îles Salomon, au cœur du Pacifique. Des essais de fermentation, une torréfaction adaptée, puis deux expressions : un chocolat noir à 70 % et un chocolat au lait à 45 %. Marc met cependant en garde contre une lecture du chocolat réduite à sa teneur en cacao. Le pourcentage renseigne sur la composition ; il ne raconte pas toute la qualité.

Lorsque nous l’interrogeons sur la manière de préserver cette exigence avec les volumes, sa réponse commence par deux mots : « Le savoir-faire, la rigueur. » Marc Cluizel ramène ensuite le métier à deux impératifs : « Choisir les meilleures matières premières » et « maîtriser les techniques pour optimiser les goûts ». Deux principes dont il détaille volontiers les difficultés, d’une récolte à l’autre.

François Cluizel, l’enfance au goût du jour

François observe, lui, la gourmandise contemporaine : l’attrait pour la guimauve, les chocolats plus riches en cacao, les tablettes fourrées que l’on casse devant une caméra. Ces envies lui donnent matière à créer. « On se doit d’être innovant pour pouvoir proposer aux consommateurs des choses nouvelles et des choses excellentes », affirme le fils.

À propos de la guimauve, François Cluizel évoque notamment « un bon chocolat noir qui a une bonne longueur en bouche et qui va bien croquer sous la dent ». La formule dit son intérêt pour la dégustation dans ce qu’elle a de très concret : la résistance de la coque, le moelleux, la persistance du chocolat.

L’ourson de Noël 2026 prolonge cette recherche. Sous une fine enveloppe chocolatée, sa guimauve infusée à la vanille Bourbon cache un cœur coulant de caramel au beurre salé. Une silhouette immédiatement familière, enrichie d’un jeu de textures. À 8,80 euros les 50 grammes, ce petit plaisir d’enfance s’offre une recette de fête.

La nuit, la nougatine et les étoiles

Autour de lui, « Le Royaume du Solstice » déploie une forêt enneigée, des animaux des bois et des lueurs dans la nuit. La collection emprunte au solstice d’hiver l’idée d’une lumière qui revient. Sur les coffrets, le décor invite au conte ; à l’intérieur, les recettes alternent douceur et intensité.

La Sphère Céleste en est l’autre nouveauté. Façonnée à la main, elle renferme une ganache élaborée à partir de chocolat noir à 99 % de cacao, sous une délicate coque de nougatine maison. Le croquant précède le fondant, dans une bouchée qui fait se rencontrer les savoir-faire du chocolatier et du confiseur. On la retrouve dans les coffrets Découverte et Dégustation, ainsi que dans le calendrier de l’Avent.

Celui-ci égrène ganaches, pralinés, gianduja et carrés de dégustation jusqu’au 24 décembre. Les truffes Mangaro à 71 %, issues d’un chocolat de plantation de Madagascar, complètent cette collection pensée pour les longues soirées de fin d’année.

Mais le dernier mot revient à Marc. Pendant notre échange, le père de François insiste sur l’intérêt de mettre des mots sur ses sensations, de dire à l’autre ce qui plaît ou surprend. « Partager, c’est le sens de l’émotion », confie Marc Cluizel. On imagine alors assez bien la scène : une boîte ouverte, plusieurs mains qui hésitent, un premier chocolat commenté. Et la conversation qui recommence.

Collection « Le Royaume du Solstice », Noël 2026. Dans les Petites Manufactures Cluizel et sur cluizel.com⁠.