Certaines soirées s’inscrivent d’emblée dans la mémoire de la mode. Le 1er octobre, au Centre culturel d’Azerbaïdjan, la toute première édition du « Fashion Culture Day in Paris » a déployé un raffinement rare : celui d’un pays qui confie son patrimoine à une génération de créateurs aussi audacieux qu’inspirés.
Paris, en pleine effervescence de la Fashion Week. Loin de l’agitation des grands podiums, une adresse confidentielle attire les regards avertis. Créateurs, artistes, personnalités du monde culturel, diplomates, initiés de la mode et presse internationale s’y pressent, guidés par la promesse d’une découverte. L’atmosphère est feutrée, l’attente palpable.
Sous l’impulsion de SİMOORG Academy et de l’Association des Amis de l’Azerbaïdjan (AAA), avec le soutien de l’Ambassade de la République d’Azerbaïdjan en France, la soirée s’ouvre en présence de Son Excellence Leyla Abdullayeva, ambassadrice d’Azerbaïdjan en France, et de Jérôme Béguin, président de l’AAA.

Une génération en pleine lumière
Leurs noms circulent déjà parmi les connaisseurs. Sevda Gadashova pour VII YUXU, Aysel Huseynova pour Linesbyaysa, Shams Abilsoy pour SHAMS et Gular Gurbanova pour Clover. Issus de SİMOORG Academy, ces quatre talents imposent chacun une écriture singulière : des coupes d’une précision d’orfèvre, des matières qui jouent avec la lumière, et cette manière infiniment moderne d’honorer le patrimoine sans jamais le figer.
Fondée en 2023, l’Academy s’est donné une mission claire : porter les designers azerbaïdjanais sur la scène internationale. Son palmarès témoigne déjà de son ambition, du « Phoenix Rebirth Fashion Show » à « Dream Fest 2026 », en passant par la Mercedes-Benz Fashion Week Azerbaijan 2026, où dix-huit de ses créateurs ont présenté leurs collections. Un rendez-vous salué par des titres de référence tels que Vogue Italia, L’OFFICIEL Latvia et ARCHÍDECO.
À la tête de cette maison de talents, Hadiya Talıbova, fondatrice et directrice. Bercée dès l’enfance par l’univers artistique de son père, elle a fait de la transmission une vocation. « Notre objectif est de soutenir les jeunes Azerbaïdjanais et les créateurs, de faire connaître leur travail sur la scène internationale et de leur ouvrir de nouvelles possibilités de collaboration », confie-t-elle.
L’art du tapis, réinventé en haute création
Point d’orgue de la soirée, le tapis azerbaïdjanais s’émancipe de sa trame pour devenir silhouette. Inspirée par l’œuvre de Faig Ahmed, artiste contemporain célébré pour sa réinterprétation magistrale des motifs traditionnels, la collection fait danser ornements, couleurs et lignes sur le corps. Le décor devient allure, l’héritage devient désir.
Les créations de Latafat Ramazanova prolongent cette rêverie précieuse. Membre de la section des arts décoratifs et appliqués de l’Union des artistes d’Azerbaïdjan, elle compose depuis 1998, sur toile et velours, de véritables joyaux textiles où se mêlent rubans de soie et d’organza, perles et fils d’argent. Un artisanat d’exception, d’une modernité saisissante.
Deux créatrices, deux visions du patrimoine
La soirée accueille également deux créatrices invitées. Anara Zakirli sublime les ornements du tapis azerbaïdjanais et signe un hommage empreint d’émotion au Karabakh et à Choucha. Natavan Aliyeva revisite, avec une élégance tout en délicatesse, le vestiaire traditionnel et la noblesse du textile.
Bakou-Paris, une alliance d’exception
En coulisses, rien n’est laissé au hasard. Katerina Eren, directrice exécutive des projets de SİMOORG Academy, veille à l’accompagnement des créateurs et à l’excellence de leur présentation à l’international. La productrice Narmin Guliyeva défend, quant à elle, la nécessité d’offrir aux designers locaux de nouvelles scènes face au public mondial. Paris, capitale du luxe en pleine Fashion Week, s’imposait naturellement.
Au terme de cette première édition, une certitude demeure. Entre motifs de tapis, savoir-faire textiles, arts décoratifs et silhouettes contemporaines, l’Azerbaïdjan a offert une vision à la fois raffinée et vibrante de son identité. Une identité qui ne se contente pas de préserver ses traditions, mais les élève au rang d’art de vivre. Une première éblouissante, qui appelle déjà la suivante.
