Avec ses portraits saturés de couleurs, ses cadres inspirés des produits du quotidien et son goût du métissage, Hassan Hajjaj a inventé un langage visuel immédiatement reconnaissable. La Philharmonie de Paris lui consacre une grande exposition, accompagnée d’une création sonore d’Acid Arab et d’un beau livre réunissant les figures de son panthéon musical.
Billie Eilish pose avec une assurance presque irréelle, cernée par les couleurs vives et les motifs graphiques qui composent la signature de Hassan Hajjaj. Ailleurs apparaissent Madonna, Alicia Keys et Swizz Beatz, Lee Scratch Perry, Rachid Taha, Amadou et Mariam ou encore des maîtres de la musique gnawa. Tous appartiennent à une même famille artistique, affranchie des frontières et des hiérarchies.
Du 22 septembre 2026 au 25 avril 2027, le Musée de la musique – Philharmonie de Paris accueille « Hassan Hajjaj + Acid Arab. My Rock Stars », une exposition pensée comme un dialogue entre photographie, mode, design et musique. Plus qu’une galerie de célébrités, le parcours dessine l’autoportrait culturel d’un artiste à la croisée de plusieurs mondes.
De Londres à Marrakech, une esthétique du mélange
Né à Larache, au Maroc, Hassan Hajjaj grandit ensuite à Londres, dans l’effervescence multiculturelle des années 1980. Le reggae, le dub, le hip-hop, la mode de rue et les soirées underground nourrissent alors son imaginaire. Autodidacte, il passe avec une grande liberté du stylisme au design, puis à la photographie.
Son travail conserve quelque chose de cette énergie londonienne : un art du collage et du détournement, où les références circulent sans demander la permission. Les motifs traditionnels marocains rencontrent les codes du streetwear, les objets de consommation deviennent des ornements et les tissus éclatants construisent des décors presque hypnotiques.

Dans ses portraits, les modèles ne sont jamais de simples sujets. Hassan Hajjaj imagine leurs vêtements, choisit leurs accessoires et organise la séance comme un moment collectif. La musique accompagne souvent les prises de vue, transformant le studio en espace de fête et de performance. Cette méthode donne aux images leur vitalité particulière : les personnes photographiées semblent occuper pleinement le cadre, loin de toute représentation figée ou folklorique.
Un panthéon musical très personnel
Le titre « My Rock Stars » ne désigne pas uniquement des vedettes internationales. Les stars de Hassan Hajjaj sont aussi ses amis, des artistes émergents, des personnalités croisées entre Londres et Marrakech ou des musiciens dépositaires d’une tradition ancienne.
À partir des années 1990, le photographe s’intéresse notamment à la communauté gnawa et à ses grands maîtres. Héritière d’influences africaines, arabes et amazighes, cette culture spirituelle et musicale irrigue profondément son œuvre. Par son objectif, Hassan Hajjaj en fait l’un des visages d’une contre-culture marocaine contemporaine, vivante et résistante.
Son ami Rachid Taha l’avait surnommé « Andy Wahlou », clin d’œil à Andy Warhol associé au mot walou, qui signifie « rien du tout » en darija. Le surnom résume assez bien le jeu permanent de l’artiste avec la culture pop. Là où Warhol transformait les produits industriels en icônes, Hassan Hajjaj récupère emballages, logos, canettes et objets familiers pour composer des cadres rappelant aussi l’architecture décorative du moucharabieh.
Acid Arab donne une bande-son aux images
À la Philharmonie, cette profusion visuelle se prolonge par une création musicale conçue spécialement par Acid Arab. Le groupe français, figure de l’électro nourrie par les musiques d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, mêle sons traditionnels, basses électroniques, techno, disco, punk et rap.

Cette présence sonore ne tient pas du simple accompagnement. Elle replace la musique au centre du processus créatif de Hassan Hajjaj et transforme la visite en expérience sensorielle. Les portraits ne sont plus seulement regardés : ils semblent habiter un espace commun, traversé par les rythmes, les héritages et les migrations.
L’exposition investit également la collection permanente du Musée de la musique. Des objets et des œuvres de l’artiste viennent ainsi dialoguer avec les instruments, dans un accrochage volontiers irrévérencieux imaginé par les commissaires Marion Challier et Inès Geoffroy. L’événement s’inscrit dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
« My Rock Stars », l’exposition à emporter
Publié le 16 septembre 2026, quelques jours avant l’ouverture de l’exposition, le livre « Hassan Hajjaj – My Rock Stars » prolonge cette immersion. Réalisé en coédition avec le Musée de la musique – Philharmonie de Paris, l’ouvrage bilingue français-anglais réunit sur 160 pages les portraits emblématiques et l’univers graphique de l’artiste.
Pensé comme un objet visuel à part entière, il permet de retrouver cette joyeuse collision entre culture populaire, photographie de mode, musique et identité diasporique. Une manière d’emporter chez soi un fragment de cet univers où les icônes internationales côtoient les figures d’une scène musicale plus intime.
Informations pratiques
Hassan Hajjaj + Acid Arab – My Rock Stars
Du 22 septembre 2026 au 25 avril 2027
Musée de la musique – Cité de la musique
221 avenue Jean-Jaurès, Paris 19e
Métro : Porte de Pantin, ligne 5
Tarifs : de 6 à 12 euros
Réservation indispensable sur le site de la Philharmonie de Paris
Livre « Hassan Hajjaj – My Rock Stars »
Parution le 16 septembre 2026
160 pages – bilingue français/anglais
Format : 18 × 25,5 cm
Prix : 39 euros
