Dans son atelier du 18e arrondissement, Nomie torréfie, concasse et assemble des épices venues du monde entier. Fondée par Marie-Lou Lizé et Charles Bouchart, la maison défend une approche contemporaine du goût, entre sourcing exigeant, créations maison et collaborations avec des chefs.
Il suffit parfois d’une pincée pour changer le cours d’un dîner. Un paprika fumé qui donne du relief à une sauce, quelques baies de Timut qui réveillent un dessert ou un mélange bien pensé capable de sauver un plat improvisé : chez Nomie, les épices ne sont plus reléguées au fond d’un placard. Elles occupent le premier rôle.
Fondée en 2017 par Marie-Lou Lizé et Charles Bouchart, la maison parisienne est née d’une histoire de transmission. Pendant près de quinze ans, la mère de Marie-Lou a travaillé dans le commerce des épices, lui léguant le goût des beaux produits et du sourcing exigeant. À ses côtés, Charles, chercheur en physique de formation, apporte son esprit méthodique et son goût de l’expérimentation. Deux parcours différents, réunis par une même volonté : rendre les épices plus accessibles sans jamais les banaliser.
Un laboratoire du goût au cœur de Paris
C’est dans le 18e arrondissement que Nomie imagine et fabrique ses assemblages. Les épices y sont torréfiées, concassées, moulues ou conservées entières selon leur nature. L’atelier fonctionne comme un laboratoire sensoriel où l’on cherche le bon équilibre, la fraîcheur juste et cette profondeur aromatique capable de transformer une recette familière.

Le catalogue compte aujourd’hui plus de 400 références. On y retrouve les grands classiques, mais aussi des saveurs encore peu présentes dans les cuisines françaises : baie d’Andaliman de Sumatra, poivre fumé du Kerala, piment d’Urfa, pandan de Java ou mélilot cultivé en Eure-et-Loir.
Nomie sélectionne ses produits auprès de plus de 50 producteurs et coopératives. Le zaatar sauvage, le freekeh et le tahini proviennent notamment de Jénine et de Naplouse, tandis que la vanille Bourbon est sourcée à Madagascar, la baie de Timut au Népal et les algues en Bretagne. La maison privilégie les dernières récoltes et les filières biologiques lorsqu’elles sont disponibles.
Des mélanges pensés pour la cuisine du quotidien
La force de Nomie tient également à sa capacité à dépoussiérer un univers parfois jugé intimidant. Les pots colorés, les sachets souples et les recettes prêtes à l’emploi donnent immédiatement envie de passer en cuisine. Mélange pour avocat, furikake aux algues bretonnes, sel au zaatar, assemblage pour carrot cake ou gravlax : chaque création propose un raccourci gourmand sans sacrifier la qualité.

Les « sachets recettes » prolongent cette philosophie. Souvlaki, butter chicken, veggie biryani ou vin chaud : les épices sont déjà dosées et accompagnées d’un mode d’emploi. Une manière simple de varier les saveurs lorsque l’inspiration ou le temps viennent à manquer.
Autour de ce cœur de métier s’est progressivement développée une épicerie particulièrement réjouissante. Nomie propose des harissas artisanales fabriquées en France, un tahini de Naplouse à la texture généreuse, du freekeh torréfié, des boissons au pandan ou à l’ube et plusieurs sauces pimentées. Fight the Pepper associe ainsi le chipotle à la pomme, à la poire, à la cannelle et à la fève tonka, tandis que Pepper’s Delight marie un piment jaune mexicain à la mangue, à l’ananas et à la vanille de Madagascar.
Les épices vues par les chefs
Cette créativité a rapidement séduit les professionnels. Plus de 2 000 chefs et artisans travaillent aujourd’hui avec la maison, qui annonce 30 tonnes d’épices vendues en 2025 et une présence dans environ 600 points de vente.
Les collaborations racontent surtout la diversité de la scène culinaire contemporaine. Sanjee, fondatrice de Bollywood Kitchen, a imaginé plusieurs références inspirées de la cuisine indienne. Chloé Charles signe trois mélanges du quotidien, dont un blend pour salade mêlant sumac, hibiscus, rose et épine-vinette. Bao Family revisite les cinq-parfums chinois, tandis qu’Evi Evane explore les saveurs grecques avec des créations destinées au souvlaki et à la feta.

William Lellouche, de Tava Hada Pilpeta, développe de son côté des harissas fabriquées à Marseille. Le chef Carlos Moreno complète cette collection avec une salsa macha associant le chipotle fumé à la mangue et à la noix de cajou.
En moins de dix ans, Nomie a réussi à construire un langage gustatif bien à elle : précis, curieux et joyeux. Une maison parisienne qui ne se contente pas de vendre des épices, mais donne surtout envie de les sentir, de les comprendre et, enfin, de les cuisiner.
Plus d’informations : nomie-epices.fr
