La Petite Périgourdine, le chic d’avoir ses habitudes

Trente ans, deux frères et une adresse rue des Écoles. À La Petite Périgourdine, Christophe et Jean-Luc Martin cultivent un art de recevoir qui se raconte désormais dans un livre, avec la complicité d’Emmanuel Rubin. Au menu : de l’aligot, des fidélités et un Paris qui prend encore le temps de déjeuner.

À Paris, avoir sa table est une petite distinction. On peut collectionner les nouvelles adresses, réserver à l’autre bout de la ville, connaître le nom du chef dont tout le monde parle. Et puis préférer revenir là où le déjeuner n’a pas besoin d’être un événement. Une maison, des visages, le plaisir très simple de retrouver ses marques. C’est ce rapport au restaurant que raconte La Petite Périgourdine à l’occasion de ses trente ans.

Au 39, rue des Écoles, Christophe et Jean-Luc Martin ont installé bien davantage qu’une affaire de famille. Leur bistrot a accompagné des générations de clients et une partie de la vie du Quartier latin. Aujourd’hui, cette histoire se prolonge sur papier : La Petite Périgourdine — Histoires et recettes d’un bistrot-quartier, publié aux éditions Erick Bonnier, réunit les deux frères et le critique gastronomique Emmanuel Rubin.

Deux frères et le goût de recevoir

Les Martin viennent du Cantal. Arrivés à Paris, ils reprennent un ancien café et en font leur maison. L’aventure commence en 1996 ; la fidélité, elle, se construit service après service. Trente ans représentent beaucoup de déjeuners, quelques générations d’étudiants et autant d’occasions de transformer un client de passage en habitué.

Le nom évoque le Périgord, mais la cuisine se permet des excursions. Le restaurant revendique le terroir du centre de la France et conserve son enseigne d’origine sans en faire une frontière culinaire. L’aligot étiré en salle et la côte de bœuf au billot donnent le ton : une cuisine de gestes, de générosité, de plats autour desquels on se rassemble.

Il y a quelque chose d’assez désirable dans cette façon de placer le plaisir à hauteur de table. Le grand jeu peut tenir à un plat qui arrive, à une bouteille que l’on partage, au déjeuner qui déborde un peu sur l’après-midi.

Le vrai sujet, ce sont les gens

Un restaurant se raconte souvent par son chef, son décor ou son assiette. Ici, le livre élargit le cadre à tous ceux qui donnent une épaisseur au lieu. Les patrons, bien sûr, mais aussi les voisins, les familles, les étudiants, les éditeurs et les auteurs. Tous ces parcours dont le bistrot devient, pour une heure ou pour des années, le point de rencontre.

Le sous-titre, « bistrot-quartier », résume cette ambition. Il suggère un restaurant dont la vie déborde l’addition, où les conversations comptent dans le souvenir d’un repas. Le Quartier latin fournit à cette histoire son territoire et son brassage : des gens qui y vivent, d’autres qui y travaillent, ceux qui le découvrent et ceux qui y reviennent.

Paris se met à table, puis en pages

Pour donner forme à cette mémoire, les frères Martin ont fait appel à Emmanuel Rubin, critique gastronomique au Figaro et cofondateur du Fooding. Recettes, souvenirs et portraits composent un ouvrage consacré autant à la cuisine qu’à la vie qui l’entoure.

Le livre ouvre également une collection dédiée aux restaurants qui ont gardé leur personnalité au fil des années. Une manière de reconnaître le rôle de ces maisons dans la mémoire d’une ville : on se souvient d’un anniversaire, d’un déjeuner en famille, d’une conversation, et l’adresse revient avec eux.

À trente ans, La Petite Périgourdine a donc des histoires à transmettre. On pourra en emporter les recettes chez soi. Pour le reste, il faudra s’asseoir rue des Écoles. Et peut-être décider que l’on reviendra.

La Petite Périgourdine
39, rue des Écoles, Paris 5e.
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À lire : La Petite Périgourdine — Histoires et recettes d’un bistrot-quartier, avec Christophe et Jean-Luc Martin, texte d’Emmanuel Rubin. Éditions Erick Bonnier, collection « Le Goût des Hôtes », 39 €.
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