À l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence, neuf jeunes artistes déplacent la dérive situationniste de Guy Debord hors du bitume. Du 19 au 24 septembre 2026, peintures, sculptures, installations, vidéos, performances et poésie composent une exposition pensée comme une expérience sensible, sans itinéraire imposé.
Se perdre n’a jamais été un geste aussi sérieux. Avec « Dérive par nature », la Capsule Vortex réunit neuf artistes issus des écoles supérieures d’art d’Aix-en-Provence, d’Avignon et de Marseille autour d’une même question : que devient la dérive lorsqu’elle quitte la ville pour rencontrer le paysage, la matière et le vivant ?
DU PAVÉ À LA NATURE
Théorisée dans les années 1950 par Guy Debord et l’Internationale situationniste, la dérive désigne une manière de parcourir un territoire sans itinéraire préétabli. Il s’agit de suspendre les habitudes, de renoncer à l’efficacité du trajet et de se laisser orienter par les ambiances, les accidents ou les rencontres.
Historiquement urbaine et politique, cette pratique permettait d’observer la manière dont l’organisation d’une ville agit sur les comportements et les émotions. « Dérive par nature » en propose un déplacement très contemporain : le pavé cède ici une partie du terrain aux reliefs, aux matières organiques et aux espaces naturels.
La nature n’est pourtant ni un simple décor ni un refuge idéalisé. Elle devient une force d’orientation, un milieu dans lequel l’artiste accepte de perdre momentanément le contrôle. La marche, l’observation et le contact avec le vivant ouvrent alors d’autres manières de créer, mais aussi de regarder le monde.
NEUF ARTISTES, AUCUN CHEMIN IMPOSÉ
Louise Plasterie, Cleri Demaria Fanelli, Théo Giachetti, Valentin Aubert, Lilou Tasman, Hélène Berlemont, Eugénie Boetzlé, Peter Haddad et Alexandre Malvault composent cette cartographie volontairement mouvante.
Leurs pratiques traversent la peinture, la sculpture, la poésie, l’édition, la performance, l’installation, la vidéo et les interventions réalisées directement dans l’espace. Les œuvres ne cherchent pas à illustrer une définition savante de la dérive. Elles en sont plutôt les traces : celles d’un déplacement, d’une rencontre, d’un geste ou d’une intuition poursuivie sans connaître à l’avance son point d’arrivée.
Sous le commissariat de Séverine Gérard-Marchant, l’exposition refuse ainsi la démonstration trop rigide. Le visiteur est invité à circuler entre les propositions sans chercher immédiatement une explication commune. Regarder devient à son tour une forme de dérive.
LA CRÉATION COMME OUTIL DE CONNAISSANCE
Derrière cette apparente liberté se dessine une réflexion plus profonde sur le travail artistique. Créer ne consiste plus seulement à donner forme à une idée déjà construite, mais à découvrir cette idée au fil du processus.
La formule de Pierre Soulages — « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche » — pourrait servir de fil discret à l’ensemble. Les œuvres émergent ici de l’expérience elle-même : un chemin emprunté, une matière rencontrée, un paysage traversé ou une action collective.
Cette manière de travailler résonne particulièrement avec les préoccupations d’une nouvelle génération d’artistes. Face à un monde saturé d’images, de trajectoires programmées et de réponses immédiates, la dérive réhabilite l’incertitude. Elle fait de l’hésitation, de l’accident et du détour de véritables outils de création.
UNE CARTOGRAPHIE DE LA JEUNE CRÉATION EN PACA
« Dérive par nature » est portée par la Capsule Vortex, dispositif itinérant consacré aux artistes émergents des écoles d’art françaises et européennes. À chaque étape, la structure investit un nouveau lieu et imagine une rencontre entre des œuvres qui n’étaient pas nécessairement destinées à dialoguer.
Le projet rassemble ici plusieurs établissements majeurs de la formation artistique en région Provence-Alpes-Côte d’Azur : l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence, l’École supérieure d’art d’Avignon et les Beaux-Arts de Marseille. L’exposition s’inscrit également dans la troisième édition de la Biennale d’Aix, déployée cette année dans une cinquantaine de lieux culturels, espaces publics, quartiers et villages de la ville.
Plus qu’une exposition collective, « Dérive par nature » offre ainsi un aperçu d’une scène artistique en train de se construire. Une génération qui ne cherche pas nécessairement à suivre une route déjà tracée, mais à inventer ses propres chemins.
INFORMATIONS PRATIQUES
« Dérive par nature »
Du 19 au 24 septembre 2026, de 10 heures à 18 heures
Fermeture le dimanche
École supérieure d’art d’Aix-en-Provence
57 rue Émile-Tavan, 13100 Aix-en-Provence
Entrée libre
Le vernissage aura lieu le vendredi 18 septembre, de 18 heures à 19 h 45, avec la performance « La Soupe V3 » de Louise Plasterie.
La conférence « L’art de la Dérive, de Vinci à Guy Debord », animée par Nil Samar avec le soutien de la chaire de L’Improbable, se tiendra le samedi 19 septembre, de 16 heures à 17 heures, dans l’amphithéâtre de l’école.
Le programme complet de l’exposition et les prochaines performances sont également annoncés sur Instagram : @capsule.vortex.
